Les usages des objets connectés – Baromètre 2016

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La promotion 2014-2015 du Master MOI a démarré une étude sur les objets connectés. Cette étude a pris la forme d’un baromètre. Répété chaque année, le baromètre permettra d’observer les changements dans la perception et l’adoption des objets connectés. Ces objets connectés (Internet of Things – IoT) sont au cœur de la transformation digitale de notre société. Chaque année, leur utilisation s’accroit aussi bien en France que dans le monde. Ils se déclinent sous toutes les formes pour envahir tous les marchés sans exception. On retrouve les traditionnels balances, montres, vêtements et autres lunettes. Il y a également des objets connectés plus récents et plus sophistiqués comme des poussettes connectées, capables de réchauffer un biberon, d’avancer à une distance raisonnable des parents et de contrôler le confort du bébé avec une caméra embarquée. On n’arrête plus le progrès !

Avec une étude sur 322 répondants, le baromètre 2016 utilise une méthodologie différente. En effet, le baromètre 2015 était construit pour mesurer l’acceptation des objets connectés, et donc pour mesurer leur présence auprès des français. En 2016, nous avons pris le parti de n’interroger que des individus possédant au moins un objet connecté. Il s’agit donc de mesurer l’appropriation des objets connectés par les français qui en possèdent au moins un. L’utilisation des objets connectés, pas forcément omniprésents chez les français en 2015 (seuls 43% possédaient un objet connecté), est en pleine progression. Désormais les objets connectés ont conquis la France, et cela nous a poussé à apprécier la façon dont les français se les approprient.

En première position des objets connectés les plus utiles, la montre connectée trône avec 23% des suffrages, juste devant le bracelet connecté avec 18%, loin devant le pèse personne-intelligent, la montre « compagnon », et la caméra de surveillance du domicile, considérés comme les objets connectés les plus utiles par 10% des français possédant des objets connectés. Ainsi, d’une manière générale, 78% des répondants considèrent les objets connectés utiles, contre 60% en 2015. On peut relier ces chiffres à la connaissance des objets connectés par les français qui semble avoir augmenté depuis l’année dernière.

 

Graphique 1 - Barometre

 

Cette omniprésence des objets connectés semble reliée au bouche à oreille. En effet, ils sont de plus en plus à avoir acquis des objets connectés sur recommandation de leurs pairs. Cet indicateur, timide en 2015, a bien évolué pour atteindre 55% d’acheteurs d’objets connectés sur recommandations, soit 20 points de plus qu’en 2015.

 

4 - Barometre 2016

 

Déjà crédités d’une image « user-friendly » en 2015, les objets connectés sont jugés bien plus agréables à utiliser qu’auparavant. Les français sont de plus en plus confrontés aux interfaces qui les relient aux objets connectés, et ils ont tendance à reconnaitre leur utilité à mesure qu’ils savent les maitriser.

 

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Malgré la belle performance des objets connectés qui sont jugés plus utiles et plus agréables à utiliser, les répondants ne se sentent pas plus attirés qu’auparavant par les objets connectés. Il faut réaliser que malgré une certaine réticente aux objets nouveaux, 50% des répondants n’étant pas attirés, ils ont bien accepté les objets connectés dans leur vie. D’ailleurs, ces objets connectés ne sont plus forcémenv nouweiux pour eux, et leur système de fonctionnement semble acquis. En effet, en 2016, parmi les possesseurs d’objets connectés, 60% déclarent en avoir l’utilité depuis longtemps. Il y a donc une certaine appétence de ces répondants pour les objets connectés.

Les objets connectés sont de plus en plus étudiés dans le cadre de la théorie de l’orientation régulatrice. Formulée par le psychologue américain Tory Higgins (et abordée dans le mémoire de Salma Bouchiba, de la promotion 2015), cette théorie distingue les individus ayant un comportement de prévention, orienté dans l’optique d’éviter les risques alors qu’au contraire les individus orientés promotion visent à satisfaire leur plaisir et leur bien être en visant un objectif souhaité. Il s’agit de séparer les utilisateurs des IoT en deux groupes ayant un comportement différent. À l’observation des données des répondants, il n’est pas possible de définir si ces groupes d’individus ont une attitude différente concernant les données personnelles. En effet, les deux groupes d’individus s’inquiètent de manière similaire de l’utilisation de leurs données personnelles, ils perçoivent un risque similaire concernant l’utilisation de leurs données personnelles, et ils ont une confiance similaire dans les entreprises qui gèrent leurs données personnelles. On peut cependant noter que les individus orientés promotion sont plus présents parmi les utilisateurs d’objets connectés. Ils sont en effet 9  points de plus à être de type promotion que de type prévention à travers leurs réponses.

De même, les individus regroupés par orientation régulatrice ne montrent pas de différence significative dans leur attitude face au côté agréable et à la facilité d’utilisation. En revanche, les individus orientés prévention sont plus d’accord sur le fait que les IoT leurs sont utiles. En effet, les individus orientés prévention sont 6 points de plus que ceux orientés promotion à déclarer les IoT utiles. On peut en effet le comprendre. Lorsque les individus sont à la recherche d’un outil pour leur fixer un seuil à ne pas dépasser, l’IoT se révèle plus utile et efficace que lorsqu’il s’agit d’atteindre au contraire un objectif fixé tel qu’un poids souhaité.

D’ailleurs, si les objets connectés sont déclarés très largement utiles, quels peuvent être les barrières à l’acceptation des IoT ?

Ce baromètre essaie également d’identifier un des freins à leur utilisation. Ce sujet fait polémique depuis l’arrivée des objets connectés auprès du grand public. Il s’agit de la privacy. Les français sont-ils concernés par les données collectées par ces objets connectés et circulant à travers les plateformes auprès des entreprises ?

 

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Il y a en 2016 une très forte amélioration de la confiance générale autour de la privacy. Cette confiance s’explique par plusieurs facteurs. Malgré une perception du risque d’intrusion dans la vie privée toujours très élevée (64% de l’échantillon), cet indicateur a largement diminué depuis l’année dernière. Il y a donc une confiance plus forte dans les dispositifs mis en place pour préserver les données personnelles. En effet, la part des français qui font confiance aux sociétés concernant le traitement de leurs données personnelles a presque doublé entre 2015 et 2016. On note finalement que la question de la privacy qui accompagne tous les débats sur les objets connectés est également moins importante avec le temps. Résignés vous dîtes ? Difficile à dire, mais ils ne sont plus que 3 sur 4 à se soucier de l’avenir de leurs données personnelles, contre 3.5 en 2015.

Lors du baromètre 2016, ce baromètre a accueilli un nouvel élément. Il s’agit du quantified self. Cette notion est souvent abordée en lien avec les objets connectés. Le quantified self, c’est l’ensemble des méthodes de mesure, d’analyse et de partage des données personnelles des individus faisant un check up de leur propre corps. Les objets connectés sont alors des outils pour mettre en lumière ces données.

Dans La mise en chiffres de soi, Une approche compréhensive des mesures personnelles, article publié dans la revue académique Réseaux, Anne-Sylvie Pharabod et al. décrivent plusieurs profils associés à la façon d’utiliser les mesures qui sont faites sur les individus. Après avoir retravaillé ces notions, nous avons déterminé 6 façons d’utiliser le quantified self. La tempérance représente cette mesure du risque faite par les individus qui cherchent à ne pas dépasser un seuil critique, lorsque la discipline est un comportement qui vise à programmer des activités souhaitables auxquelles l’individu devra se tenir. Ces comportements  se distinguent de la mesure de routinisation, qui peut prendre plusieurs formes. Il peut s’agir d’adopter une nouvelle routine, rompre avec une nouvelle routine ou rester régulier sur une bonne pratique. Enfin, trois mesures de performance servent à contrôler la réalisation de défis fixés personnellement. Il y a la gratification qui est un comportement d’autosatisfaction lié à la réalisation d’une activité. L’apprentissage est un comportement d’analyse des performances dans une optique de perfectionnement, alors que la connaissance est un comportement de suivi, d’état des lieux de la situation de l’individu dans son activité.

Ces comportements ne sont pas exclusifs ou contradictoires : la plupart des individus s’auto mesurent avec des objectifs différents. En effet, l’étude n’a pas permis de distinguer des groupes d’individus appliquant exclusivement une méthode de quantified self. Le baromètre 2016 a en revanche permis de mettre en lumière des différences d’utilisation des données personnelles entre les individus en fonction de l’âge. On note notamment que les 18-24 ans se reconnaissent particulièrement plus que les autres dans les logiques de discipline, de connaissance et de gratification. Ils vont avoir une très forte tendance, à checker l’état de leur corps. En fonction de cela, ils vont envisager des comportements souhaitables sur le long terme, et s’ils arrivent à les tenir, ils vont avoir un sentiment de fierté et vont s’auto congratuler.

Enfin, on note un phénomène intéressant : les plus jeunes répondants (18-24 ans) et les plus âgés (+ de 46 ans) sont adeptes  des approches de connaissance et de gratification. Ils vont avoir plus tendance que les autres à suivre l’état de leur corps à l’instant T, et en faisant les efforts nécessaires, ils vont pouvoir ressentir la satisfaction du travail accompli.

Il a été très intéressant de travailler sur la création de cette échelle sur la base des types de comportements en quantified self. Malgré les différences relevées en fonction des catégories d’âge, cette échelle a trouvé un écho mineur dans le baromètre. En effet, les 6 comportements liés au quantified self mesurés ne sont pas contradictoires, et ne permettent pas de mettre en évidence de manière significative des disparités entre les répondants.

Pour conclure, la limite de ce baromètre est liée à la définition-même des objets connectés. Ils ont tendance à être de plus en plus séparés en catégories. Une piste pour le baromètre de l’année prochaine serait de se concentrer sur les objets connectés hors Smartphone. En effet, il y a un véritable clivage entre les usages d’un objet du quotidien comme le Smartphone, et des objets à utilisation spécifique comme les montres ou les pèse-personnes.

Par Ludovic Maugère et Luc Marchal