L’apparition des réseaux sociaux revêt une véritable révolution du point de vue technologique mais aussi et surtout sociologique. A l’ère du « tous people », une nouvelle problématique a petit à petit émergé, pourquoi les individus de tout âge et de toute culture s’exposent-t-ils de la sorte aux yeux du monde ?

Ces nouvelles vitrines sur la vie traduisent une nouvelle expressivité : l’essor d’internet avais permis à de nombreux blogueurs lettrés d’exposer leur vision du monde, aujourd’hui une nouvelle tendance générale de la société tend à prendre le pas : exprimer sa propre singularité dans un réseau, un environnement, un univers de relation. Manifestation de soi, de ses activités, ses goûts et de ses compétences, le web social permet à chacun de devenir le singulier parmi ses proches, traduction de l’individu contemporain qui veut se montrer sous une forme de mise en scène, une construction de soi théâtralisée avec un objectif : pousser les membres de son univers à montrer des réactions positives.

De cette nouvelle tendance de la théâtralisation pose la question d’une nouvelle définition de la vie privée et de ses frontières, qui ne disparaissent pas mais changent de statut dans le sens où elles s’individualisent. La vie privée devient objet de revendication de l’individu, qui devient alors maître de la barrière entre « ce qui est public » et « ce qui est privé », sous l’égide de l’éthique contemporaine du consentement.

Mais pourquoi de telles pratiques dans les réseaux sociaux ? Ces univers de relation se révèlent être pensés comme des espaces ni publics ni privés ; le point de vue de l’utilisateur est donc différent de celui que pourrait refléter un espace réellement public puisqu’il est limité à l’audience que l’on a voulu se constituer, on pourrait presque parler d’espaces en clair-obscur, ou le grand public devient « public maitrisé ».

Mais de trop nombreux évènements récents d’intrusion dans des cercles pensés comme privés et sûrs tendent à limiter le caractère maitrisable de cette audience. Que se passe-t-il quand quelqu’un qui ne fait pas partie de cet espace relationnel constitué vient prélever des données et, les changeant de contexte, va les interpréter de manière différente à leur sens originel ? La régulation juridique demeure donc un enjeu très important mais se traduit aussi par une entrée dans des formes d’éthique du consentement entre espace privé et public…réduit à une autorégulation personnelle. Vu la massivité des usages, cette régulation doit se développer.

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